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L’union de la gauche et les sondages
L’union de la gauche et les sondages

L’union de la gauche et les sondages

Attention. Ce qui va suivre est une fiction. Toute ressemblance avec la réalité serait donc purement volontaire.

On ne l’avait plus revue depuis longtemps déjà. Ou, tout du moins, on en avait pas l’impression. Depuis quelques jours, les chaînes de télévision, les radios, les gazettes, et surtout les réseaux sociaux ne parlaient que d’une chose : l’union de la gauche. Ça y était, enfin : tous les candidats allaient s’unir en ce mois de décembre. C’était une idée de la candidate socialiste, H., qui avait balancé ça comme ça, sur un coup de tête. Il faut dire que les dernières nouvelles sondagières étaient éloquentes : seuls J., le candidat écolo, et JLM., le candidat faussement communiste, personne ne dépassait les 10% d’intention de vote, et encore fallait-il savoir la proportion de ces derniers parmi ceux qui ne voteraient pas, mais on en était pas là. Tous s’étaient ralliés par dépit et prétendaient s’unir même si secrètement, chacun faisait les comptes dans son coin.

La gauche partout… sauf dans les urnes

Il y avait donc eu quatre débats télévisés, retransmis simultanément à la radio et sur Internet, qui firent les choux gras des kiosques durant un bon mois. « Je crois que nous allons redresser le navire ! No pasarán ! » s’était ainsi enthousiasmée H. dans les colonnes d’un fameux quotidien. Las, tous les candidats ne voyaient pas d’un bon œil cette initiative. Hormis M., qui lui était plutôt favorable, les autres voyaient bien que sous prétexte d’arranger tout le monde, H. en profitait pour ratisser les électeurs, ne leur laissant que la dernière part du gâteau. Selon nos informations, JLM. s’était ainsi vu promettre un poste de sous-ministre délégué à la famille, ce qui ne lui convenait guère au vu de son statut de favori. Les débats furent courtois, l’union étant le mot d’ordre. Mais en coulisse, on s’activait pour essayer d’évincer les autres, chacun cherchant la faille pour faire dérailler le train d’en face. Un canard satirique était aux aguets.

Puis vint le jour du vote. Le Maastricht de cette pré-campagne pour 2022. Les médias, comme nous, avaient tenté de mobiliser l’opinion – en vain. La participation à midi s’élevait à 30% des électeurs de gauche. C’est en tout cas ce que disait un sondage dont les auteurs n’avaient pas voulu dévoiler la méthode de calcul. On les comprend. Les bureaux étaient presque vides, et c’est à peine si l’union de la gauche mobilisait autant d’électeurs que l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie. Ça y est, la balance s’est inversée, et c’est reparti comme avant : tout le monde se moque de la gauche. C’est comme ça jusqu’au soir, où le taux de participation est inférieur à 40%, et ça continue jusqu’au lendemain, 16 heures, une heure avant la proclamation des résultats. Vu la faible participation, il a été décidé que le scrutin serait joué en un tour.

T., le facteur X. pour la gauche

Mais soudain, flash info sur une chaîne en continu : T. décide de se présenter. T. aussi est de gauche. Selon un sondage, elle recueille 30% des suffrages. 17 heures, verdict : H. remporte la primaire, comme prévu. On passe sous silence l’incohérence du scrutin. Problème : H. remporte 23% des suffrages, le vote blanc étant massif. Elle est donc deuxième si on prend en compte le fameux sondage. Et là, c’est la grande bagarre : faut-il le considérer ? Les sondés sont-ils représentatifs des électeurs, et inversement ? Qui fait autorité ? Les études ou les urnes ? Une chaîne d’opinion tendance pose la question en boucle sans y répondre ; il ne faudrait pas qu’ils informent, tout de même. Les candidats déchus s’en mêlent : J. et JLM. s’en tiennent aux urnes, R. et M. proposent de voter en prenant en compte, cette fois, la candidature de T., mais T. ne veut pas participer, pendant que H. fulmine de cette manœuvre hautement politique. Sacré sondage. Tout le monde cause, et tout le monde s’écoute causer. C’est aussi ça, l’union de la gauche.

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